Témoignage : “Un test ADN m’a révélé un secret sur mon père”

Lorsqu’elle offre un test ADN à son fils pour son anniversaire, Sophie n’imagine pas que ce cadeau censé être un amusement va bouleverser sa vie…

Sophie Brugeille, 49 ans, est journaliste et auteure pour le théâtre. Habituée au maniement des mots, elle a dévoilé son histoire dans un livre “Une histoire de gènes, Mon ADN m’a tout raconté”, éd. Flammarion. Non par plaisir d’exposer son intimité mais animée par le désir de faire passer un message susceptible, est-elle persuadée, de soulager bon nombre de personnes : un secret familial n’est jamais bon à taire.

“Pour ses 14 ans, mon fils me demande un cadeau inattendu : un kit pour réaliser un test ADN. Il déploie toutes sortes d’arguments imparables pour me persuader. Il est passionné par la génétique, il a envie d’en savoir plus sur les origines géographiques de la famille, notamment du côté de son père qui est sicilien. A l’époque, aucune alarme ne s’active dans mon cerveau. Je me dis même qu’il risque d’être déçu de se découvrir une ascendance morne et sans surprise. Que pourrait-on bien trouver d’extraordinaire dans une famille comme la nôtre ? Je suis donc tout à fait sereine quand les résultats du test arrivent et que mon fils décide de les partager en direct avec mes parents au téléphone. Une carte du monde s’affiche sur l’écran de son ordinateur, nous découvrons des pourcentages : 36,4% ibère, 28,6% italien du sud, 5,9% nord-africain, 1,9% juif ashkénaze… Nous rions, émettons des hypothèses, l’imagination galope. C’est ludique et même assez excitant. Nous aurions pu en rester là.

“Je suis enfermée dans le déni”
Mais mon fils décide de cliquer sur un onglet joliment intitulé “correspondances” : la liste de toutes les personnes qui elles aussi ont fait un test et possèdent un peu d’ADN commun avec lui. Beaucoup de noms italiens défilent, normal. Et puis un nom français retient mon attention, c’est celui d’un collègue de ma mère. Il venait souvent à la maison quand j’étais gamine. Je le lis à haute voix et interpelle ma mère sur le ton de la boutade : c’est fou quand même cette coïncidence, tu ne trouves pas maman ? Elle noie le poisson, avance que c’est un nom très répandu. Pas tant que ça… Mais à ce moment-là, je suis complètement enfermée dans le déni. La vérité qui commence à s’esquisser ne parvient pas à se frayer un chemin jusqu’à ma conscience. Mon corps, lui, a sans doute déjà compris et il s’exprime. Dans les mois qui suivent, je ne vais pas bien du tout. Je maigris, kilo après kilo, je disparais dans mes vêtements. J’éprouve un irrépressible besoin de solitude, jusqu’à louer un studio pour m’y retirer. Mon compagnon et mes fils ne comprennent pas ce qui m’arrive. Moi non plus.